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Name: Monika


Interests: Lire et écrire. Photo et dessin. Marche, randonnée, canotage, camping sauvage... Écologie, Ornithologie, jardinage, observation de la nature humaine
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Saturday, July 26, 2008

Le haïbun

Samedi matin, au Pavillon Mance à Baie-Comeau, c'est le haïbun qui est au programme. Soutenue par une documentation concise qui va à l'essentiel, Francine nous donne de ce genre littéraire une définition sommaire (un haïbun est un texte qui mélange la prose et le haïku) et, s'appuyant sur des propos de Meryem Fresson, Dominique Chipot, Henri Brunel et Serge Tomé, en explicite quelques aspects qui concernent :

  • la disposition et la quantité de haïkus
  • les proportions variables entre prose et haïku(s)
  • la fonction de la prose dans le haïbun
  • la longueur du haïbun
  • les genres littéraires associés
  • la durée de l'instant
  • et finalement la place du "fameux petit je".

Nous discutons de ceci et de cela et lisons quelques exemples de haïbuns que Francine a tirés du numéro 8 de le revue Gong (Klaus-Dieter Wirth, Patrick Blanche, Monika Thoma-Petit), de la revue 575 (Philippe Quinta) et du site Temps libres de Serge Tomé. Nous apprenons aussi de Cristina, (qui a passé plusieurs années au Japon) que le style de la prose dans le haïbun traditionnel japonais est concret, pas lyrique. Mais le plus fort de la discussion tourne autour du "fameux petit je " dans le haïku  et dans le haïbun (et dans le senryû ? la question reste ouverte)...

Pour moi qui m'essaie dans le genre de temps en temps, c'est une bonne synthèse qui me donne le goût de m'essayer, par exemple, dans des haïbuns d'un genre que ne n'ai pas encore expérimenté : lettre, journal intime, souvenirs du passé... et peut-être même la fiction ? (Bien que là, toute la question de l'authenticité se pose. À ce propos, il faut lire, dans le dernier numéro de la revue 575, le très intéressant article de Meryem Fresson "La question de la fiction dans le haïbun".)

Je retiens en tout cas de cet atelier sur le genre haïbun les mises en garde contre

  • la prose pompeuse, bavarde, nombriliste
  • la prose qui explique le haïku
  • le haïku qui répète ou confirme ce qui est déjà dit en prose (pas de redondance !)
  • la banalité (tant dans la prose que dans le haïku)
  • le poème qui n'est pas un haïku
  • le haïku qui n'est pas autonome ou qui ne respecte pas les règles

Cette dernière mise en garde (l'autonomie du haïku) suscite toutefois chez moi une question. William Higginson, dans sa  conférence prononcée à Québec en août 2006 avait démontré, quantité d'exemples à l'appui, que, selon le contexte littéraire dans lequel un haïku se trouve, ou selon la fonction qu'il peut avoir (comme faisant partie d'un haïbun ou d'une légende, en tant que chaînon dans un poème lié ou comme exemple dans un saijiki) le sens du haiku peut changer... Autrement dit, la fameuse autonomie du haïku n'est peut-être pas si évidente ! Par ailleurs, Serge Tomé avait recommandé, l'année dernière à Baie-Comeau, face à la difficulté de "mettre dans le haïku tout ce qu'on voudrait y mettre" : "Ce que vous ne pouvez pas mettre dedans, mettez-le dehors ! " C'est ainsi qu'il avait évoqué, par exemple, la séquence (ou suite) de haïkus et le haïbun comme stratégies de mise en contexte qui permettent de dire "moins" dans le haïku comme tel, puisque ce qui l'entoure permet au lecteur d'imaginer le nécessaire pour comprendre ce qui est dit dans le haïku. Dans le renku (traditionnel) ou dans le poème lié plus contemporain, l'interaction entre les différents chaînons pourrait également servir de contexte qui contribue au sens du haïku et pose donc la question de son autonomie.



***

L'après-midi du samedi est à nouveau consacré d'abord à l'écriture individuelle, puis au travail de collaboration en équipes. Encore une fois, j'ai du mal à passer de la pensée rationnelle, analytique qui a dominé les travaux en avant-midi, à la pensée créative du côté droit du cerveau qui convient d'avantage au "mode haïku". Et puis, avec Cristina, à qui j'explique comment se rendre au bord du Fleuve, je parle anglais -  entre autres pour lui raconter l'origine du Manoir, aujourd'hui hôtel de luxe, mais à l'origine construit par le fondateur de la ville, le colonel Mc Cormick.



cool summer day
moved by the wind, the robin
on the flag


fraiche journée d'été
remué par le vent, le merle
sur le drapeau









Friday, July 25, 2008

Camp haïku Baie-Comeau, samedi aux petites heures du matin



Samedi matin. Je me réveille aux premières lueurs du jour - très tôt, ici dans le nord. Quand j'ouvre les yeux, le soleil n'est pas encore apparu. La fenêtre de ma chambre donne directement sur la cime du bouleau et - c'est le grand luxe - de mon lit, encore couchée, je peux observer ce qui s'y passe.


ciel limpide
sur la plus haute branche
un merle chante pour l'autre


Comment ne pas profiter de ce concert gratuit pour lequel je me trouve ainsi en première loge ! Jusqu'à ce que ce chant prenne fin, tout d'un coup -


soleil levant
dans le bouleau un merle
se lisse les plumes


Ça me donne le goût de me lever et de faire pareil. Ainsi j'aurai le temps, avant le déjeuner, de bouger un peu. Encore une fois, ma promenade me mène dans la vieille partie de Haute-Rive où des petits commerces et boutiques, bars et cafés sommeillent encore.

rue Puylance
même à Haute-Rive, un bout
de ruelle

Et là où une rue transversale s'avère un cul de sac et aboutit directement à une petite forêt en haut d'une falaise (en bas, je vois scintiller de l'eau - ça doit être le fleuve ou la rivière Manicouagan qui s'y jette), un bâtiment à une étage, sans âge et sans âme.

Témoins
en marge de la ville
leur salle du Royaume







Thursday, July 24, 2008

On est toujours à Betsiamites !

En après-midi de notre journée à Pessamit (=Betsiamites, communauté innue de la Côte-Nord), les participantEs au Camp Haïku font la rencontre d'une femme exceptionnelle. Marcelline Picart-Kanapé nous est présentée comme une "véritable figure de proue du monde autochtone contemporain". En effet : cette femme placide aux cheveux blancs cumule les "premières" : aînée d'une famille de douze enfants, première enseignante innue du Québec, première directrice de l'école primaire et secondaire à Betsiamites,  première Autochtone à siéger au Conseil supérieur de l'Éducation du Québec,  première femme chef du Conseil de bande de Betsiamites, elle est aussi diplômée de l'École nationale d'administration publique et de l'Université du Québec à Chicoutimi et - last but non least ! - titulaire d'un doctorat honoris causa de l'Université du Québec sous l'égide de l'Institut national de la recherche scientifique, en reconnaissance de son apport exceptionnel au secteur de l’éducation, mais également de son influence durable sur plusieurs générations d’hommes et de femmes de la nation innue....

Dans sa conférence (qui est davantage une causerie, elle parle sans manuscit, très simplement, ce qui la rend d'autant plus sympathique et fascinante) elle raconte autant son expérience d'éducatrice en milieu autochtone (elle fut l'instigatrice de l'introduction de l'enseignement en langue innue dans les écoles de sa communauté) que sa lutte pour un statut juste et équitable pour la femme innue. Elle explique comment la sédentarisation forcée a transformé les rôles sociaux de l'homme et de la femme dans la société innue , plaçant ainsi les femmes en position d'infériorité face aux hommes. Lors des deux mandats qu'elle a exercés en tant que chef de sa communauté, elle n'a eu de cesse de promouvoir un changement des mentalités sans lequel, telle est sa conviction, la société restera aux prises avec des problèmes sociaux insolubles.

Consciente des exigences de réussite dans notre monde complexe et soucieuse de contribuer autant à la conservation de la culture innue qu'à l'épanouissement de ses membres, elle encourage les jeunes de sa communauté à poursuivre des études avancées et les convainc qu'ils peuvent le faire sans pour autant renier leurs racines. Elle a également agi en artisan de  réconciliation entre les cultures autochtones et non-autochtones, en prononçant des conférences et en participant à des colloques et des rencontres formelles et informelles, comme celle d'aujourd'hui.

Au-delà des récits de ses multiples initiatives et réalisations, ce qui me frappe particulièrement chez cette femme étonnante, c'est son attitude calme et souveraine, sereine, sans agressivité et sans ressentiment, même quand elle rappelle, par exemple, le mépris avec lequel les autorités fédérales, avec leur "Loi sur les Indiens" ont traité jadis les autochtones :



carte d'identité
l'homme, la femme, tous les enfants
un même numéro






Wednesday, July 23, 2008

Excursus (pour anna, tout spécialement)


Croyez-vous au hasard ? Moi non, pas vraiment. Plutôt à ce que Jung appelait des "coïncidences". Car comment attribuer au hasard cette trouvaille faite dimanche chez un antiquaire de livres pas piqué des vers (l'antiquaire, pas les livres, sans quoi il aurait fallu écrire "piqués") sur la rue Mont-Royal (il s'est donné le beau nom de commerce de "Port de tête", comment résister à ça ?!) ?


Il était là, au plein milieu de l'étagère des "nouveautés" , impossible de le louper - et le simple fait que personne d'autre ne s'y était intéressé avant moi constitue une preuve : il était là pour moi,  ce Codex du Nord Amériquain Québek 1701 ! Bon, d'accord, pas l'original, seulement la réimpression d'un fac-similé datant de 1930, mais qui témoigne, après plus de 300 ans, d'une rencontre des plus étonnantes des cultures française et "amériquaines". L'album de croquis,  "jadis incluse dans la bibliothèque du roi Louis XIV,aurait disparu à la Révolution française. Après un long périple incognito (lis-je dans l'introduction) les bibliophiles parisiens qui en firent cette édition en fac-similé, trouvèrent en 1930 cette riche reliure aux armes du Roi soleil déjà partiellement dépouillée de son contenu. Tout juste un titre sur la reliure : Les Raretés des Indes. " - À l'aide d'une des planches, on a fini par identifier l'auteur de cette oeuvre absolument étonnante. Il s'agit de  Charles Bécard de Grandville, né à Québec et mort à l'âge de 27 ans en 1703 au plus fort d'une épidémie de picotte qui sévissait alors dans cette ville.

L'œuvre contient 79 planches et 2 cartes : l'une du "fleuve de St. Laurent plus de 900 lieues dans les terres des Indes Occidentales", l'autre  des " terres de la Manichounie et de la grande rivière Mitchisipi" - donc, essentiellement du territoire de la Nouvelle-France.


Le jeune sieur de Grandville, fasciné par ce pays qui l'a vu naître, parcourt donc ces vastes territoires et se fait du coup anthropologue, ethnologue, botaniste et zoologiste. Ses croquis représentent 18 plantes, 33 poissons,  56 oiseaux, 67 mammifères, une dizaine de reptiles, de batraciens ou d'insectes. Et, ce qui m'intéresse tout particulièrement, il donne souvent, en plus du nom français, un nom "amériquain". Ainsi, comme le note avec justesse Gaëtan Dostie dans son introduction, " ce livre a valeur de codex pour ces peuples mêmes" qui vivaient alors (et vivent encore aujourd'hui !) sur ces territoires.








J'apprends dans cette introduction que les planches de l'oeuvre originales sont abondamment annotées de commentaires. L'édition du fac-similé que j'ai en main donne en annexe la plupart des planches du manuscrit originale, mais en fait une présentation en isolant des parties du dessin et en enlevant du texte pour donner toute la place à chaque croquis. Ce texte est cependant en partie reconstitué et nous fait découvrir le point de vue de l'auteur sur ce qu'il a vu et esquissé. (par exemple : "La beste puante à cause qu'elle sent fort mauvais ou encore manitou ou nigani, Enfant du diable ou Lapins de l'Ile de St. Bonne Aventure dans le golphe du fleuve de St. Laurent qui est plus grand que toute la mer méditerannée")

Et puis, il y a aussi quelques énigmes, comme  ce cheval marin, illustré sur la page couverture du fac-similé. Et que dire de ceci :














rivière Richelieu
tué par les Français
ce monstre marin






Et de cela ....





sous le siffleur
et le manitou, un lièvre
aussi grand qu'un veau


Monday, July 21, 2008

Rencontre (visite à Betsiamites, suite)



À l'heure du dîner, je découvre sur des tables dans un coin de la grande salle du centre communautaire de Betsiamites quelques maquettes. C'est Malek, un aîné innu, qui les a montées. Elles représentent les traditionnels camps de chasse et de pêche des Innus.  De sa voix calme et posée, presque timide, Malek explique  les différents outils, armes et gestes ancestraux qui jadis, alors que les Innus étaient encore nomades, faisaient partie de leur vie. Aujourd'hui sédentaires (c'est le gouvernement fédéral avec sa "Loi sur les Indiens" et sa politique de la sédentarisation forcée qui les a contraints à abandonner leur mode de vie ancestrale), peu d'Innus s'adonnent encore à ces activités traditionnelles; mais certains jeunes, initiés par les aînés, y prennent goût et vont dans le bois, au moins pendant quelques jours par année.


 

Malgré cela, Malek n'a pas l'air optimiste quant à la sauvegarde de la culture innue. Non seulement déplore-t-il que de moins en moins souvent, on l'invite à l'école secondaire de la communauté pour y monter ses maquettes et expliquer aux élèves comment vivaient leurs grand-parents. Il est aussi conscient de l'impact négatif d'un certain développement économique sur la base même de la vie traditionnelle innue.


rivière barrée
le saumon ne vient plus
dit le vieil Innu










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